IA éducation : comment ChatGPT fait baisser les notes en maths (étude 2026)
Réponse directe: Oui, l’usage non critique de ChatGPT en mathématiques fait baisser les notes, selon une étude de l’Université de Lund (2025). Le mécanisme est clair: l’IA court-circuite le raisonnement analytique (Système 2 de Kahneman), empêchant le cerveau de créer les connexions neuronales nécessaires à l’apprentissage. Mais cette baisse n’est pas une fatalité: un encadrement pédagogique (tutorat, vérification, double rendu) permet de transformer l’IA en alliée sans perdre les compétences fondamentales.
L’usage non critique de ChatGPT en maths détériore le raisonnement analytique: ce que révèle l’étude de Lund
Vous avez déjà vu un élève taper un énoncé dans ChatGPT et recopier la solution en quelques secondes? Tentant, mais lourd de conséquences. Une étude de l’Université de Lund (Suède), relayée par La Dépêche, démontre un lien direct entre la fréquence d’utilisation de ChatGPT par les 13-25 ans et la baisse de leurs notes en mathématiques. Ce n’est pas un accident: c’est un mécanisme cognitif ancré dans la psychologie de l’apprentissage.
L’étude suédoise a suivi des adolescents sur plusieurs mois et observé que plus l’IA était utilisée pour résoudre des problèmes, plus les scores aux tests de « fonctionnement exécutif » (raisonnement, planification, mémoire de travail) diminuaient. Une autre recherche, citée par The Hechinger Report, confirme que ces raccourcis cognitifs nuisent aux performances dès que l’outil n’est plus accessible. Le message est clair: s’appuyer sur l’IA pour éviter l’effort, c’est affaiblir son propre cerveau.
Le piège cognitif: quand l’IA court-circuite le Système 2 – l’analyse de Kahneman appliquée aux maths
Pour comprendre pourquoi cette baisse est particulièrement sévère en mathématiques, croisons les données de Lund avec les travaux du psychologue Daniel Kahneman (prix Nobel d’économie, 2002). Kahneman distingue deux modes de pensée:
- Système 1: rapide, intuitif, automatique (exemple: 2+2=4). Il consomme peu d’énergie.
- Système 2: lent, analytique, exigeant en effort (exemple: résoudre une équation du second degré ou démontrer une propriété géométrique).
L’apprentissage profond des mathématiques repose quasi exclusivement sur le Système 2. L’abstraction, l’enchaînement logique de plusieurs étapes, la manipulation de symboles – tout cela demande de « faire travailler » ce mode. ChatGPT, en fournissant une réponse toute faite, empêche l’activation du Système 2. Le cerveau ne crée pas les connexions neuronales nécessaires: les erreurs, les essais, les retours sont absents. C’est comme essayer de muscler ses jambes en regardant quelqu’un courir.
Les mathématiques sont particulièrement vulnérables car elles exigent une progression étape par étape. « L’IA donne le résultat final, mais elle ne montre pas le chemin », résume un psychologue cognitif interrogé par The Conversation en mai 2025. Résultat: l’élève obtient une bonne note sur un devoir fait à la maison, mais échoue lamentablement en contrôle. Un enseignant rencontré par Le Figaro Étudiant (article du printemps 2025) a mis en place une parade implacable: il donne un devoir maison que les élèves peuvent faire avec ou sans IA, puis refait le même contrôle en classe, sans accès à l’outil. Résultat spectaculaire: 19/20 à la maison, 4/20 au contrôle surprise. « L’élève n’a pas appris la méthode, il a seulement su copier la réponse », témoigne-t-il.
Les risques dépassent les notes: concentration, mémoire, planification
L’étude de Lund ne s’arrête pas aux résultats scolaires. Elle prévient que l’usage non critique de ChatGPT pendant l’adolescence – période clé pour la maturation cognitive – peut avoir des conséquences à long terme:
- Difficultés de concentration (l’IA habitue à des réponses immédiates, réduisant la tolérance à l’effort soutenu).
- Moindre capacité à planifier (l’IA prédécoupe les tâches, empêchant l’apprentissage de la structuration).
- Mémoire de travail affaiblie (l’élève ne retient plus les étapes, il les « délègue » à la machine).
Les chercheurs évoquent même un lien possible avec une moindre résistance aux addictions plus tard dans la vie, car le cerveau ne développe pas les circuits de la gratification différée. Une alerte sérieuse.
Attention, tout n’est pas noir. Une étude publiée dans Nature en mai 2025 montre que des chatbots bien utilisés (en tutorat personnalisé) peuvent améliorer l’apprentissage – mais ces résultats sont nuancés par des faiblesses méthodologiques, comme le rappelle un psychologue cognitif dans The Conversation. Son message: le talent vient de l’effort. Les raccourcis ne remplacent pas le cheminement mental.
IA et éducation: des enjeux d’équité et de vie privée
Au-delà des performances cognitives, l’usage de l’IA générative à l’école soulève des questions d’équité et de confidentialité. D’une part, les élèves issus de milieux défavorisés, sans accès à ChatGPT (abonnement payant, connexion stable) risquent d’être pénalisés doublement: moins de ressources pour apprendre et évaluation sur une base inégale. D’autre part, les données scolaires (énoncés, réponses, historique) sont collectées par OpenAI et peuvent être utilisées pour entraîner les modèles – ce qui pose des problèmes de consentement et de protection des mineurs. La CNIL, dans ses recommandations sur l’IA en éducation (2024), rappelle que les établissements doivent vérifier la conformité de ces outils avec le RGPD avant de les déployer. Un usage encadré et transparent est donc indispensable.
Comment utiliser l’IA en maths sans perdre ses compétences?
1. Imposer un temps de réflexion sans IA
Avant de poser la moindre question au chatbot, l’élève doit essayer de résoudre le problème par lui-même, même s’il échoue. L’erreur est une étape d’apprentissage. Ensuite, il peut utiliser l’IA pour vérifier sa réponse ou lui proposer une méthode alternative. Jamais pour obtenir la solution brute.
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2. L’IA comme tuteur, pas comme assistant
Utilisez ChatGPT pour expliquer un concept (« explique-moi le théorème de Pythagore comme si j’avais 10 ans ») ou générer des exercices supplémentaires, plutôt que pour résoudre directement. L’outil devient un soutien à la compréhension, pas un substitut à l’effort.
3. La méthode du « double rendu »
L’enseignant Alexandre Lacroix, à Sciences Po Paris, demande à ses étudiants de rendre deux copies: une produite par ChatGPT, l’autre personnelle. L’élève doit démontrer qu’il est capable de faire mieux que l’IA, ce qui développe l’esprit critique et la fierté du travail personnel.
4. Évaluer le processus, pas seulement le résultat
Les professeurs peuvent valoriser la démarche: brouillon, étapes de calcul, erreurs corrigées. Un élève qui justifie chaque étape montre qu’il a réellement travaillé, qu’il ait utilisé ou non l’IA en dernier recours.
Questions fréquentes sur l’IA et l’apprentissage des mathématiques
Comment un parent peut-il encadrer l’usage de ChatGPT à la maison?
Instaurez une règle simple: « D’abord j’essaie seul, ensuite je peux utiliser l’IA pour vérifier ou m’expliquer. » Discutez des réponses obtenues: « Es-tu d’accord avec cette solution? Pourquoi? » Cela oblige l’élève à réactiver son Système 2. Vous pouvez aussi limiter l’usage à des horaires précis (ex: après 30 minutes de travail personnel).
Quels sont les signes que mon enfant utilise l’IA sans apprendre?
Plusieurs indicateurs: des notes irrégulières (excellent à la maison, mauvais en contrôle); une incapacité à reformuler la solution; un manque de brouillon; des réponses trop parfaites, sans ratures. Si vous suspectez une utilisation non critique, proposez-lui de refaire un exercice sans accès à l’outil et comparez.
L’IA peut-elle être utilisée comme outil de tutorat efficace pour les maths?
Oui, sous conditions. Des études montrent qu’un chatbot peut aider à la compréhension conceptuelle s’il joue le rôle d’un tuteur qui pose des questions, plutôt que de donner la réponse. Par exemple: « Quelle est la première étape? » « Pourquoi as-tu choisi cette formule? » Dans ce cadre, l’IA stimule le Système 2. Il faut néanmoins que l’élève ait déjà une base de connaissances.
Quelles précautions prendre concernant les données personnelles des élèves?
Évitez que l’enfant utilise ChatGPT sans supervision sur un compte personnel non paramétré. Privilégiez des versions éducation (si disponibles) ou paramétrez le compte pour ne pas sauvegarder l’historique. Rappelez-lui de ne jamais saisir de nom, adresse ou informations identifiantes dans les prompts. Les établissements doivent consulter la CNIL avant tout déploiement.
Ce qu’il faut retenir sur l’impact de l’IA sur les compétences mathématiques
- L’usage non contrôlé de ChatGPT fait baisser les notes en maths, comme le montre l’étude de l’Université de Lund (2025).
- Le mécanisme: l’IA court-circuite le raisonnement analytique (Système 2), empêchant le cerveau de créer les connexions neuronales nécessaires – un phénomène particulièrement délétère pour les mathématiques, disciplinaires abstraites et séquentielles.
- Les risques dépassent les notes: difficultés de concentration, mémoire affaiblie, moindre capacité à planifier, et potentiel impact sur l’équité entre élèves.
- Un usage encadré (tutorat, vérification, double rendu) permet d’éviter ces pièges.
- Le cerveau se muscle comme un muscle: en travaillant. L’IA doit rester un outil, pas une béquille.
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